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Mauvaise traduction : lorsque la communication fait défaut

25,Nov,2013

La traduction est tellement présente dans notre quotidien que nous y prêtons peu attention. D’ailleurs, si l’on en croit l’opinion générale, il suffirait d’être bilingue pour être apte à traduire, et pourtant n’est pas traducteur qui veut. Pour traduire correctement, il faut bien sûr posséder une certaine connaissance de la langue étrangère afin de ne pas être confronté à des problèmes de compréhension, mais il faut avant tout maîtriser parfaitement sa langue maternelle car il n’est pas question de simplement traduire littéralement, il faut être assez habile avec les mots afin que le vocabulaire et le style soient appropriés et l’ensemble cohérent. L’objectif est de faire oublier au lecteur qu’il s’agit d’une traduction. Le traducteur doit donc posséder de réelles qualités d’écriture.

La traduction joue un rôle essentiel, et d’ailleurs, une mauvaise traduction peut avoir de sérieuses conséquences. Voici quelques exemples frappants de ce qui peut malheureusement arriver lorsque le traducteur n’est pas compétent.

Conséquences médicales

Il s’agit probablement d’un des cas les plus marquants. En Floride, le 22 janvier 1980, Willie Ramirez, un jeune homme d’origine cubaine âgé de 18 ans, a été amené en urgence à l’hôpital dans un état comateux. Sa famille a d’abord pensé qu’il s’agissait d’une intoxication alimentaire, mais ne parlant pas anglais, ils ont dû avoir recours à l’aide d’un médecin ayant des notions d’espagnol et qui a donc joué le rôle d’interprète. Ils ont alors dit qu’ils pensaient que Willie était « intoxicado », qui a la même signification que le mot français « intoxiqué », mais qui diffère du mot anglais « intoxicated », qui lui signifie ivre ou sous l’emprise de drogues. L’hôpital n’ayant pas un scanner à disposition et les symptômes physiques correspondant à ce diagnostic, les médecins l’ont traité en suivant cette piste. En réalité, Willie Ramirez avait une hémorragie cérébrale et l’absence de traitement adapté l’a rendu tétraplégique. A cette erreur de traduction aux conséquences tragiques s’ajoute un problème de différence culturelle. En effet dans la culture cubaine, il est coutume de ne pas contredire les dires d’une figure d’autorité, tel qu’un médecin par exemple, ce qui explique le manque de réaction de la famille quant à une éventuelle prise de drogues de la part de Willie.

En conséquence, l’hôpital a dû verser à Willie Ramirez la somme de 71 millions de dollars.

Conséquences diplomatiques

A l’occasion d’une réception à l’ambassade de Pologne à Moscou le 18 novembre 1956, Nikita Khrouchtchev, le célèbre leader soviétique, a prononcé une phrase qui a marqué les esprits : « nous vous enterrerons ». Dans un contexte de guerre froide, cette phrase a bien sûr été comprise comme une menace d’attaque nucléaire. Pourtant, il s’agissait en fait des conséquences d’une traduction trop littérale du russe vers l’anglais car en réalité ce qu’évoquait Khrouchtchev était la mort du capitalisme.

Conséquences culturelles

Dans les années 50, les chocolatiers ont tenté d’approcher les Japonais afin qu’ils se mettent à leur tour à célébrer la Saint Valentin en offrant des chocolats à leur dulcinée. Malgré le peu de succès du début, cette tradition a fini par susciter l’intérêt, sauf que ce sont les femmes qui depuis cette époque offrent tous les ans des chocolats aux hommes, et ce à cause d’une simple erreur de traduction dans les campagnes publicitaires. Les chocolatiers bénéficient largement de cette erreur car le 14 mars, les Japonais inversent les rôles et ce sont alors les hommes qui offrent des chocolats aux femmes.

Ces erreurs de traduction ne sont que quelques exemples parmi tant d’autres, mais ils permettent de se rendre compte à quel point la traduction est importante et dans quelle mesure elle peut influencer notre quotidien.